La Citroën DS : récit d’une voiture emblématique des années 1950-1970

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Qui n’a jamais entendu parler de la Citroën DS ? Cette voiture mythique, qui ne ressemble à aucune autre, a marqué une génération tout entière. Objet de fascination, de convoitise mais aussi de débats, la DS a inscrit un tournant dans l’histoire de la marque aux chevrons. Retour sur 20 ans d’existence de ce modèle devenu culte.

Le projet que tout le monde attendait

1938. Citroën lance le projet VGD (véhicule de grande distribution), en prévision du remplacement de la Traction, sortie 4 ans plus tôt. Mais la Seconde Guerre mondiale vient chambouler les plans. Le projet est alors repoussé, au profit de la 2CV, dont la production débute en 1948. La VGD est ensuite remise à l’ordre du jour par le bureau d’études Citroën. Bertoni, Lefèbvre et Magès en sont les principaux acteurs.

1955, 42e Salon de l’automobile au Grand Palais de Paris. La remplaçante de la Traction est dévoilée au grand public. Les visiteurs affluent en masse pour voir de leurs propres yeux celle qui avait tant fait parler d’elle au cours des dernières années, notamment à cause d’une fuite dans l’Auto-Journal. Sur le stand Citroën, ils découvrent la DS19 : une voiture au design futuriste, innovante à plus d’un égard et présentée dans des couleurs surprenantes (jaune/toit blanc, bleu nuage/toit aubergine, noire/toit turquoise, ivoire/toit aubergine ou encore vert billard/toit crème).

Le succès est immédiat : dès les premiers jours, les commandes se multiplient. Toutefois, la DS divise. Elle interpelle par ses choix osés, ses couleurs parfois jugées provocantes, peut-être trop révolutionnaires pour certains. La DS ne fait pas l’unanimité. Elle semble tout droit venue du futur, et c’est à la fois ce qui passionne ses adeptes et effraie ses nombreux réfractaires.

Un design tout droit venu du futur

Quand on parle de la DS, on pense immédiatement à sa ligne avant-gardiste. Son esthétique aérodynamique, imaginée par le dessinateur italien Flaminio Bertoni, rompt avec les standards de l’époque. À l’intérieur, l’habitacle n’est pas en reste. Il offre un confort supérieur aux concurrentes, notamment grâce aux sièges haut de gamme et à l’important espace réservé aux jambes des passagers.

La Citroën DS est devenue la voiture pour tous.

Mais la principale innovation, celle qui révolutionna à jamais le monde automobile, c’est l’hydraulique, qui commande à la fois la suspension, le frein, l’embrayage et la direction. Mise au point par l’ingénieur Paul Magès, la suspension hydropneumatique permet notamment une grande souplesse de conduite et une excellente tenue de route. Elle sera plus tard empruntée par d’autres constructeurs, tels que Rolls Royce pour sa Silver Shadow de 1965.

Autre innovation majeure de la berline, les phares directionnels. Si l’on retrouve aujourd’hui cette technologie sur de nombreux modèles, la DS a été la première voiture de série à adopter cet équipement en 1968. Sur une calandre restylée à quatre phares, les deux feux intérieurs sont commandés mécaniquement afin de suivre constamment la direction de la voiture. Une amélioration de taille pour la visibilité de nuit !

Cependant, tout n’était pas parfait. La DS devait initialement être équipée d’un moteur 6 cylindres à plat, refroidi par air ou par eau. Mais le projet a finalement été abandonné car pas au point et trop difficile à produire dans les usines Citroën. C’est donc le 4 cylindres de 1911 cm3 de la Traction qui a été modernisé et intégré sous le capot. Comme toute innovation spectaculaire, l’hydraulique a compté son lot d’avaries, avec de nombreux problèmes de fuite qui ont entaché son image. Mais ce n’était qu’une question de temps avant que Citroën ne rectifie le tir et n’achève les dernières mises au point.

La naissance d’un mythe

Malgré quelques erreurs de jeunesse, la machine DS est lancée. Pour plaire au plus grand nombre, Citroën sort en 1957 l’ID, une version moins haut de gamme et simplifiée de la DS. Elle s’adresse principalement aux clients déboussolés par tant de futurisme. De toutes les innovations technologiques de la DS, elle ne conserve que la suspension hydraulique. L’équipement intérieur est moins fastueux et le moteur moins puissant. Le succès sera au rendez-vous et différentes versions se succéderont au fil des années. Citroën sortira également une version break de la DS pour davantage de polyvalence, ainsi qu’une ligne Prestige. Cette dernière, dotée d’équipements des plus luxueux et d’une séparation avec le chauffeur, a notamment été le choix de prédilection de plusieurs présidents de la République.

La DS n’a pas fini de surprendre ! Si elle n’a à priori rien d’une baroudeuse, elle en étonnera plus d’un en remportant plusieurs grands rallyes, notamment celui de Monte Carlo ou encore le rallye du Maroc. Grâce à ses différentes déclinaisons (ID, break, Prestige), la DS deviendra la « voiture pour tous ». Voiture présidentielle, voiture de course, voiture de la classe moyenne moderne… Rares sont les véhicules qui possèdent des facettes aussi variées.

C’est notamment pour cette raison qu’elle s’imposera comme la voiture des Trente Glorieuses. Voiture mythique de toute une génération, elle a été vendue à plus d’un million d’exemplaires et commercialisée pendant 20 ans, jusqu’en 1975, avant d’être remplacée par la CX.

La Citroën DS, une voiture moderne devenue culte.

Le saviez-vous ?

En 1962, la voiture star de Citroën s’est retrouvée bien malgré elle au centre de l’actualité. Le 22 août, deux commandos attendent la DS présidentielle qui transportait le Général de Gaulle. L’attentat manqué du Petit-Clamart a fait un seul blessé et le chef de l’État en est ressorti indemne, notamment grâce aux talents de pilote du chauffeur et à la fiabilité de la voiture, pourtant criblée de balles.

Le succès de la DS est tel qu’on la retrouve même au cinéma, dans de nombreux films devenus cultes. L’acteur Louis de Funès tourne plusieurs longs-métrages avec cette voiture, tels que « Les aventures de Rabbi Jacob » (1973) ou « Fantômas se déchaîne » (1965), dans laquelle la version volante de la DS a marqué les esprits. Une DS volante que l’on retrouve aussi dans le deuxième volet de « Retour vers le futur » (1989) avec le taxi de “Doc”.

Nous l’avons mentionné plus haut, la DS est une voiture polyvalente. Et pour cause : elle a même servi à réaliser des essais routiers de pneumatiques poids lourds. Les camions dépassant difficilement les 100 km/h, Michelin conçoit au début des années 1970 une DS « mille-pattes » pour effectuer ses tests à haute vitesse. Doté de 11 roues, ce break de 7,30 mètres pour 9 tonnes est propulsé par deux moteurs Chevrolet V8 !

Élégance, modernité, performance et polyvalence, voilà, semble-t-il, la recette du succès de cette voiture mythique.

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