Celles et ceux qui lisent nos articles jusqu’à la dernière ligne le connaissent déjà un peu au travers du “crédit photo” en bas de page… Gilles Vitry, grand photographe (2 mètres de talent et de passion) nous fait le plaisir de nous raconter sa vie, sa passion, son oeuvre.

La photo… C’est peut être un détail pour vous mais pour lui ça veut dire beaucoup ! Et pour nous aussi ! C’est d’abord un art qu’il est difficile d’égaler (même avec un bon smartphone bourré de pixels). Ensuite, c’est un élément à part entière de la communication : sans photo, ce magazine serait bien triste et notre catalogue de véhicules, bien moins parlant.

 

Certes, Starterre s’est récemment doté d’un studio photo, un plateau tournant qui permet de photographier automatiquement tous nos véhicules à 360°. Mais rien ne remplacera jamais “l’œil du viseur”… Et justement, Gilles Vitry apporte à nos photos, corporate ou off, une patte humaine et du sentiment.

Je vous laisse découvrir un homme plein d’histoires passionnantes, dont les rencontres ont guidé ses pas et sa passion pour la photo et l’automobile.

L’automobile justement… fil rouge de son parcours professionnel et privé. Installez-vous confortablement et prenez le temps de lire cette histoire unique !

Bonjour Gilles, peux-tu nous parler un peu de toi ?

Gilles Vitry

“À 12 ans, mon parrain m’a offert un appareil photo, un Konica”

Bonjour, ma jeunesse et mon parcours professionnel ne seront pas sans rappeler à nos lecteurs l’interview de Didier parue ici-même. Je suis moi-aussi fils de militaire et mon enfance, comme la sienne, s’est forgée entre l’Afrique et la France.

Nous avons également travaillé tous les deux dans le secteur bancaire, pour la même banque et avec le même parcours ! Mais la comparaison s’arrête là, Didier est resté dans la finance, moi j’ai complètement changé de chemin.

Un chemin qui ne s’est pas tracé par hasard… À 12 ans, mon parrain m’a offert mon premier appareil photo – un Konica – et il m’a emmené sur mon premier safari photo et mon premier rallye (Rallye de Côte d’Ivoire Le Bandama). C’est ainsi que j’ai commencé à faire mes premières photos.

La position de mon père, qui était chef d’État-Major particulier du président de la République de Côte d’Ivoire, était une vraie aubaine, c’était mon passeport pour accéder à des évènements de façon privilégiée et de pouvoir m’exercer à la photo.

Gilles Vitry © Paris Dakar 1987 – Peugeot 205 Turbo 16

Ta passion pour la photo part donc de là ?

Oui, ce cadeau de mon parrain et le privilège d’assister à des manifestations aussi facilement malgré mon jeune âge ont été une belle mise à l’étrier. Mais le déclic, le vrai, celui de la passion photo / voiture / sport mécanique, je l’ai eu un an plus tard.

À 13 ans, alors que nous étions rentrés en France pour les vacances, je roulais avec mon père sur la Nationale 7 quand, dans la voiture arrêtée à côté de nous à un feu, on voit deux gars se trémousser pour attirer notre attention. Mon père baisse la vitre et le passager lui explique alors qu’ils sont journalistes. Ils nous proposent de nous offrir deux accès aux 1000 kms de Paris qui se déroulait sur le circuit  de Montlhéry auxquels ils ne pouvaient pas assister. Ce fut ma première véritable expérience de photo sur circuit.

 

Gilles Vitry - Championat Europe F2
Gilles Vitry © Championnat d’Europe F2 – Jean-Pierre Jabouille – René Arnoux – Michel Leclerc

 

Depuis ce jour, je ne compte plus les photos que j’ai prises… Certaines sont restées confidentielles, d’autres ont été publiées dans de grands journaux et magazines et d’autres encore sont devenues célèbres !

Gilles Vitry © Circuit Paul Ricard – Championnat de France R5 LS
Gilles Vitry © Circuit Zandvoort (Hollande) Matra MS120 – Henri Pescarolo -Jean-Pierre Beltoise

Mais tu étais mineur ! Comment as-tu fait pour publier tes photos ?

“Je connaissais la chance que j’avais être là, au plus près des pilotes”

Gilles Vitry © Manou Zurini - Jean-Pierre Beltoise - Niki Lauda - Henri Pescarolo - François Cevert
Gilles Vitry © Manou Zurini – Jean-Pierre Beltoise – Niki Lauda – Henri Pescarolo – François Cevert

 

J’avais un mentor, Manou Zurini, grand photographe de circuits à l’époque. Je l’accompagnais partout chaque fois que c’était possible, il m’apprenait les rudiments de la photo et il publiait les meilleures en son nom. Cela m’importait peu, je connaissais la chance que j’avais d’être là, au plus près des pilotes et cela me permettait de faire de belles rencontres.

Gilles Vitry © Graham Hill - Manou Zurini - Jean-Pierre Jabouille
Gilles Vitry © Graham Hill – Manou Zurini – Jean-Pierre Jabouille

 

Ainsi à 18 ans, j’ai fait notamment la connaissance de Gilles Gaignault, grand reporter et fondateur d’une écurie de F3000. Il était à l’époque attaché de presse de Jean-Marie Balestre, président de la FIA (Fédération Internationale de l’Automobile). Ce dernier me prendra sous son aile et m’aidera à obtenir mes premières accréditations qui me permettront de faire des photos sur les circuits. Les sésames qui me permettront d’aller partout.

Gilles Vitry © Jean-Pierre Jarier - Manou Zurini - Patrick Depailler
Gilles Vitry © Jean-Pierre Jarier – Manou Zurini – Patrick Depailler

Tu es donc devenu photographe professionnel à ce moment-là ?

Non, j’ai poursuivi mes études en parallèle et j’en suis sorti avec un BTS de dessinateur industriel en poche.

J’ai travaillé très tôt, chez Renault d’abord. Mais un open space de 60 planches à dessin où bizarrement il régnait un silence absolu, ce n’était pas pour moi qui passais mon temps libre sur les circuits automobiles bruyants. En 1982, je quitte un temps l’automobile pour devenir dessinateur pour le bâtiment grâce à… un ami pilote de course 😉

Plus tard, je suis rentré à la BNP Paribas. Je faisais partie des cinq premiers diplômés Bac+2 d’un test d’embauche mis en place par la banque. J’y apprendrais tous les métiers : guichetier, gestionnaire, et pour finir, directeur d’agence.

Gilles Vitry © Course de Côte – Alpine

Un début de carrière sans aucun rapport avec la photo ou l’automobile, pourtant tu gardes quand même un lien avec tes deux passions. Racontes-nous !

Tout à fait ! Dans la première agence, mon responsable administratif, Jean-Michel Lemeur, était un grand passionné de photo. Il fait aujourd’hui parti des 5 meilleurs photographes mondiaux de sport automobile. L’agence était d’ailleurs un vrai repaire de pilotes !

Dans la deuxième agence, l’un de mes collaborateurs était un grand passionné de miniatures Porsche et dans la troisième, un autre collectionnait les affiches de F1 ! Un sacré hasard quand même !

Gilles Vitry - Alpine - 1986 DEFI TF1
Gilles Vitry © Alpine – Bruno Saby – DEFI TF1 de 1986

Comment as-tu décidé de faire de ta passion pour la photo ton métier ?

“Un jour, j’ai décidé que cow-boy n’était pas un métier pour moi”

Le métier de banquier n’est pas de tout repos. J’y ai connu 10 braquages en 25 ans, une balle à un centimètre de la carotide et de la colonne vertébrale, quelques flingues sur la tempe, des grenades, des peurs et des jours d’hôpital… Un jour, j’ai décidé que cow-boy n’était pas un métier pour moi.

Je n’avais jamais abandonné la photo. Même en activité, je continuais de fréquenter les circuits, les championnats et les rallyes pendant mes vacances. Et quand j’avais épuisé mon crédit de jours de congés – je peux le dire, il y a prescription maintenant – je me mettais en arrêt maladie 😉 Par contre mon travail était toujours fait en temps et heure et mon agence était classée en permanence 2ème ou 3ème.

Gilles Vitry © 24h du Mans Camions
Gilles Vitry © BAJA Espagne 1989 – 205 Turbo 16
Gilles Vitry © Serre Chevalier – Coupe Peugeot 104
Gilles Vitry © R5 Turbo 2 – François Chatriot – Tour de Corse
Gilles Vitry © Austin Metro – Didier Auriol – Tour de Corse
Gilles Vitry © Rallye Monte Carlo – Ford Fiesta

Mais je gagnais plus en vendant mes photos à des magazines qu’en travaillant. J’ai donc tout arrêté pour me consacrer entièrement à la photo.

Très vite, mes photos ont été publiées dans une bonne douzaine de magazines. Principalement, Retro Course, Berlinette Magazine, Mille Milles, Top-Karting,  Echappement Classic, La Vie de l’Auto, Retro Passion, Mercedes, La Revue Automobile, Le Blog Auto et pas mal de journaux régionaux.

J’ai travaillé dans des domaines très différents : pour une agence événementielle ; un promoteur immobilier, un grand couturier, des fabricants de montres (…) J’ai aussi été photographe de l’École de Police de Paris où je réalisais les photos des profils des jeunes recrues et celles des promotions plus ou moins sérieuses (les photos pas les promotions).

Et enfin pour Peugeot Communication également, ce qui m’a permis de côtoyer des pilotes comme Sébastien Loeb ou Stéphane Peterhansel

Gilles Vitry - Castellet - Peugeot 905
Gilles Vitry © Circuit du Castellet – Peugeot 905

Gilles Vitry © Essai Paris Dakar Peugeot 3008 avec Stéphane Peterhansel
Gilles Vitry © Peugeot 908 – Spa Francorchamps

J’ai également fait 3 mandats 😉 Je travaillais pour la Caisse des Dépôts et Consignation et j’étais accrédité par l’Elysée sous les présidences de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy et de François Hollande. Une période où je faisais mes photos entre un garde du corps et un chien sniffeur.

Et un jour, tu es arrivé chez Starterre…

Mon arrivée chez Starterre tient à un concours de circonstance. J’accompagnais Philippe Vallier, responsable du département pick-up de la marque, j’ai fait la connaissance des frères Lecreux, salariés de l’entreprise et coordinateurs de LePickUp.fr. Le courant est immédiatement passé entre nous. De fils en aiguilles, je suis devenu le photographe attitré de l’entreprise et j’ai abandonné toutes mes autres missions.

Quel type de reportages photos t’a-t-on demandé tout au long de ta carrière ?

En course : des portraits des pilotes, des photos d’ambiance, de la pré-grille (de départ), des voitures en course, du staff, du premier virage, des lignes droites, et bien sûr, du départ et de l’arrivée.

Gilles Vitry - Grille départ 24H du Mans
Gilles Vitry © Grille départ 24H du Mans – 1ère ligne : Porsche – Audi – Toyota – Rebellion – 2ème ligne : Nissan Zeod RC 100% électrique

Pour les constructeurs : je couvrais les salons, les essais de nouvelles voitures (j’ai du en faire 150 environ) ou de prototypes.

Gilles Vitry © Peugeot 905 « Supercopter »
Gilles Vitry © Circuit du Castellet – Peugeot 905 et 908
Gilles Vitry © Essai Ferrari Jules Bianchi – Instructions via antenne satellite avec Maranello
Gilles Vitry © Peugeot 905 Circuit privé Mas du Clos

Chez Starterre : je photographie les voitures, je fais des photos corporate et pour les différents magazines, enfin je couvre les événements internes ou externes.

Tes photos en chiffres, ça donnerait quoi ?

“J’ai dû user un passeport par an !”

J’ai couvert 122 Grands Prix de F1, une douzaine de Rallye Paris-Dakar (dont 2 en Argentine), une quarantaine de 24h du Mans, des Championnats du Monde (rallyes Monte Carlo, de Suède), d’Europe (karting, camion, quad). Pendant environ 15 ans j’ai écumé tous les circuits français et j’ai dû user un passeport par an !

Gilles Vitry - Castellet Lotus F1
Gilles Vitry © Circuit du Castellet – Lotus F1

Gilles Vitry © 24H du Mans Alpine
Gilles Vitry © 24H du Mans Porsche 919 – Timo Bernhard – Marc Webber – Brendon Hartley
Gilles Vitry © Ferrari – GP Rétro Monaco
Gilles Vitry © GP Paris – Formule E
Gilles Vitry © Matra Simca – Circuit de Magny-Cours
 

Côté appareils photos, j’en ai eu une vingtaine. J’ai connu l’argentique et le numérique mais je n’ai jamais fait de Polaroïd. J’ai eu principalement des Olympus et des Canon. Seule entorse, mon premier numérique était un Fuji.

Tu sais, c’est difficile de changer de marque, les objectifs coûtent chers (12 000 euros pour certains). Ils ne sont pas toujours compatibles d’une marque à l’autre.

D’ailleurs, savais-tu que les appareils professionnels se renouvellent généralement pour le Mondial de Foot ou pour un nouveau record des JO ? Eh oui ! Avant, on fixait 10 images à la seconde parce que le 100 mètres se courait en 10 secondes. Plus le record monte, plus les marques développent des appareils performants (14 images à la seconde aujourd’hui) afin de nous permettre de suivre les sportifs en mouvement.

Ceci étant, je suis un passionné de photos pas d’appareils.

Gilles Vitry © Trophée Andros 2009 – Dacia Duster – Alain Prost
Gilles Vitry © Rallye Monte Carlo – François Chatriot sur R11 turbo
Gilles Vitry © Championnat du Monde – Rallye de Suède – Ford et Citroën DS
Gilles Vitry © GT Tour – Magny-Cours – McLaren GT

“J’ai plus de 3 millions de photos archivées depuis 1969”

Du temps de l’argentique, une course était égale à 24 pellicules de 36 photos. Aujourd’hui, c’est 5000 photos numériques (et des heures pour les traiter…). J’ai plus de 3 millions de photos archivées depuis 1969. Et j’ai également 12 livres à mon actif.

“Ce que je ne peux pas chiffrer, ce sont les rencontres…”

Quelle est ta meilleure photo ?

Un photographe de circuit doit savoir être au bon endroit au bon moment. J’aime attraper une émotion. Capturer un moment de concentration ou de fatigue sur les visages du staff ou des pilotes, une voiture sur trois ou deux roues…

Gilles Vitry Copyright - Michael Schumacher
Gilles Vitry © Michael Schumacher

 

Gilles Vitry © Championnat du Monde de Rallye Cross – Peugeot 208 -Davy Jeanney
Gilles Vitry © Championnat du Monde de Quad
Gilles Vitry © Championnat du Monde de SSV
Gilles Vitry © Coupe Porsche Magnicourt – Olivier Lombard

Celles qui m’ont donné les plus grands frissons auront été celles prises dans la descente de l’Hôtel de Paris sur les Grands Prix de Monaco. Les fans de F1 et les photographes savent de quoi je parle…

Gilles Vitry - Monaco Hotel de Paris
Gilles Vitry © Descente Hôtel de Paris – GP F1 Monaco historique – Ferrari

La photo que tu as regrettée ?

La course Mercedes au Mans en 2009. Dans la ligne droite Hunaudières. J’étais content d’avoir pu photographier Mark Webber, pilote de F1, au volant de sa voiture. Quand soudain sa voiture s’est envolée, les quatre roues en l’air et a fait plusieurs tonneaux. Heureusement le pilote n’a pas été blessé. J’étais trop loin et je n’ai pas eu assez de reflex pour déclencher la photo. Un photographe a pu faire cette photo, qui depuis, a fait le tour du monde.

Gilles Vitry - Jules Bianchi
Gilles Vitry © Jules Bianchi

Quelle photo ne feras-tu jamais ?

Les photos des accidents en course, des pilotes blessés, ceux décédés.

Je me souviens de la mort de Senna… Quand il n’y a plus eu un bruit…. Quand tout le monde a compris que c’était plus grave que ce que les médias officiels disaient… Tu poses alors ton appareilet tu attends dans ce silence lourd… Enfin, c’est ce que moi je fais. Je ne comprends pas qu’on puisse faire des photos de la voiture, des zooms sur le pilote…

Ça a été pareil pour Jules Bianchi que je connaissais bien aussi…. Et tous les autres.

Ton plus beau souvenir ?

Ça va t’étonner mais ce n’est pas une voiture de course, ni un pilote ! Mais un essai que j’ai fait un jour sur une BMW i8, une voiture hybride rechargeable. C’était un essai en Italie pour Motors TV. C’était incroyable de passer deux jours dans un cadre aussi magnifique avec une voiture tout aussi magnifique et d’avant garde !

Gilles Vitry - BMW i8 Italie Motors TV
Gilles Vitry © – BMW i8 Italie Motors TV

Ah ! Et puis il y a aussi les 24h du Mans de 1970. Cette année-là, Steeve McQueen tournait le film Le Mans. J’ai assisté au tournage et je suis revenu avec 3 ou 400 photos des coulisses du film, de l’acteur et de sa fameuse Porsche 917K.

Qu’est-ce que tu aimes dans la photo ?

J’aime bien chercher le cadre qui mettra en valeur la voiture. Cela peut être un jeu de lignes ou de couleurs, un endroit atypique qui contraste avec le véhicule. J’aime beaucoup par exemple l’urbex, ces photos faites dans les endroits abandonnés.

Gilles Vitry Peugeot 308R
Gilles Vitry © Peugeot 308 R Hybrid

Gilles Vitry © Peugeot 905 Supercopter
Gilles Vitry © Peugeot 905 « Supercopter »

Gilles Vitry © Isuzu Pickup Dmax
Gilles Vitry © Isuzu Pick-up Dmax

Je me souviens d’une séance avec l’Opel Adam Rocks. J’étais avec Grégoire Vitry (mêmes initiales, même nom de famille mais aucun lien de parenté) qui est le responsable presse d’Opel. Nous étions dans un local sans âme mais j’avais repéré un hangar à côté que nous sommes allés explorer. Nous avons découvert un lieu gigantesque avec des lignes parfaites et une touche de jaune, pile poil la couleur de la voiture ! Les photos ont été sublimées dans cet endroit !

Gilles Vitry - Opel Adam Rocks
Gilles Vitry © Opel Adam Rocks

Y-a-t-il un moment où tu t’es dit « Stop, j’arrête » ?

“Le jour où j’arrêterai de travailler avec Starterre, je poserai définitivement mon appareil photo et je n’y toucherai plus…”

Je travaille en indépendant pour Starterre une semaine sur deux depuis 2 ans ½ maintenant. Bien que je passe une semaine sur deux à l’hôtel et que je fasse le voyage Paris-Lyon en train ou en voiture, je n’ai aucune envie de m’arrêter

Pourtant, en juillet, je serais officiellement à la retraite. Administrativement peut-être car dans ma tête c’est autre chose ! D’ailleurs, le jour où j’arrêterai de travailler avec Starterre, je poserai définitivement mon appareil photo et je n’y toucherai plus… [NDLR – Lourd silence… Reprise de l’interview gorge serrée pour nous deux]

Ce jour-là, j’entamerai une seconde vie active : je me lancerai pourquoi pas dans le caritatif ou je donnerai des cours de photos dans une association.

Gille Vitry © Brad Pitt - 24h du Mans
Gilles Vitry © Brad Pitt – 24h du Mans

Par contre, pour revenir à ta question, je me souviens d’une grosse démotivation lors d’un 24h du Mans. Tu sais, celui dont le top départ avait été donné par Brad Pitt himself ! D’ailleurs j’ai fait une photo de l’acteur avec le drapeau qui a fait le tour des médias people ce jour-là !

Bref, il pleuvait et je suis resté 1h30 à attendre le départ qui finalement a eu lieu derrière une voiture de sécurité et j’en ai eu raz le bol de ces conditions parfois difficilesJe me demandais ce que je faisais là à mon âge. Ils nous arrivent, à nous, photographes de circuit, de prendre des photos depuis de drôles d’endroits : sur la remorque d’un camion, en hélico, attachés dans la benne d’un pick-up roulant, en haut d’une grue, dans une nacelle…

Sur le chemin de retour à la salle de presse, je m’étais promis d’arrêter la photo. C’est mon ami Alain Monnot que je connais depuis de nombreuses années qui m’a embarqué dans une nouvelle aventure : on est venu nous demander de travailler pour la création d’un nouveau journal La Revue Automobile et c’était reparti pour un tour avec mon binôme, que j’ai d’ailleurs embarqué à mon tour dans l’aventure Starterre.

Ton plus grand regret aujourd’hui ?

De ne pas avoir fait les 500 Miles d’Indianapolis (question de budget)…

Mais ma plus grande satisfaction aura été d’emmener au Bol d’Or sur le circuit du Castellet, Stéphane Lecreux de Starterre. Il en rêvait, on l’a fait ! Je l’ai introduit dans le stand de Vincent Philippe, 10 fois champion du Monde en Endurance et je lui ai même passé mon appareil et c’est lui qui a fait son reportage photo ! Je n’avais plus envie de faire de photos et ce fut mon dernier reportage sur circuit.

Depuis, je ne suis plus jamais retourné sur une épreuve automobile, je suis passé à autre chose. La page est tournée…. Je préfère suivre les Grands Prix ou les 24 heures du Mans à la télévision, c’est moins fatiguant !

Gilles Vitry © RAC- Championnat du Monde en Angleterre – 205 Turbo
Ari Vatanen – Bruno Saby – Timo Salonen

Une anecdote à nous raconter ?

“Chirac venait de me donné une poignée de main via l’objectif !”

On va sortir un peu de l’automobile. Je venais de réaliser des photos de Jacques Chirac lors de l’un de ses discours. À la fin, il vient serrer la main de tout le monde, avec un mot de remerciement, un sourire pour chacun. Quand est arrivé mon tour, alors que je lui tendais la main, il a saisi l’objectif de mon appareil photo que je tenais en bandoulière et il l’a serré. Chirac venait de me donné une poignée de main via l’objectif ! On s’est regardé et on a éclaté de rire 😉

Et une dans l’automobile : nous étions en essai constructeur avec Alain Monnot, et le matin je lui dis “viens nous allons faire des photos sur la plage”. C’était en Normandie et nous ne savions pas que c’était les grandes marées… Nous plaçons la voiture, je commence les photos. Soudain, l’eau monte à grande vitesse et arrive jusqu’à la voiture ! Impossible de la sortir. Nous avons dû faire appel aux pompiers et à un tracteur. Elle était bonne pour la casse… Inutile de dire que le constructeur n’a pas été très content et ce fut mon dernier essai pour eux.

Est-ce que le numérique a changé ton rapport à la photo ?

Oui malheureusement. Aujourd’hui, n’importe qui s’improvise photographe. Un bon smartphone, un reflex en mode automatique et on sort d’assez belles photos il faut le reconnaître. 

Gilles Vitry - Valentino Rossi - GP France - Le Mans
Gilles Vitry © – Valentino Rossi – GP France – Le Mans – 2013

 

Mais pour le coup, cela a changé aussi les usages professionnels. Les magazines veulent les clichés tout de suite ! Il n’y a plus le plaisir du développement de la photo comme avant et on ne nous laisse même plus le temps de retoucher, voire même de sélectionner nos épreuves. C’est dommage.

Gilles Vitry © Championnat du Monde MotoGP – GP de France Le Mans 2013 – Cal Crutchlow – Monster Yamaha Tech 3
Gilles Vitry © Championnat du Monde MotoGP – GP de France Le Mans 2013 – Valentino Rossi – Yamaha Factory Racing
Gilles Vitry © FIM EWC – Bol d’Or 2016 – Anthony Delhalle – Suzuki Endurance Racing Team

On t’écouterait encore des heures et des heures…. Mais il va falloir conclure Gilles. Un petit mot pour la fin ?

Un petit mot très simple : merci !

Merci à Eric et Stéphane Lecreux de m’avoir permis de connaître M. Brissaud et de continuer mon petit bout de chemin chez Starterre. Merci à eux trois de cette confiance à l’aveugle. Eric et Stéphane sont devenus des amis très chers dont les liens perdureront au delà de notre collaboration professionnelle. Quant à M. Brissaud, j’admire l’homme et l’homme d’affaires ! Je souhaite à tout le monde de croiser son chemin un jour….

Merci également à la femme qui partage ma vie et qui accepte que je parte deux semaines par mois à Lyon. L’éloignement n’est pas toujours facile

Merci à toi Gilles pour ta confiance et tes confidences. Cet entretien aura été très émouvant et plein de surprises et merci de nous apporter autant humainement et professionnellement. Nous sommes heureux de garder parmi nous un retraité actif, rendez-vous en septembre donc et en attendant profite bien de tes vacances !

Interview : NatCordeaux
Crédit Photos : Gilles Vitry (forcément)
Photos Making Of : Service Communication Starterre

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